Collection

L'art britannique  

L’amour dans un climat froid

Ce titre emprunté à Nancy Mitford, la plus française des romancières anglaises du XXe siècle, résume bien la nature parfois inattendue des liens qui ont toujours unis les deux pays qui bordent la Manche. De l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant aux champs de batailles du XXe siècle, l’histoire des relations entre ces deux nations s’analyse mieux comme une fraternité qu’un voisinage.

 

Cette longue histoire ponctuée de violences, d’admirations, d’exaspérations, d’influences a rarement été mesurée à l’aune des relations artistiques. La méconnaissance des Français en matière d’art britannique est souvent considérée comme acquise et en dehors de Turner, la réputation des artistes anglais est rarement notée. Pourtant pour qui s’attarde et étudie la place de l’art britannique dans les collections françaises, le goût de nos compatriotes pour la peinture de Reynolds, de Lawrence, de Constable, pour les aquarelles de Bonington, pour les céramiques de Wedgwood, pour les dessins de Romney dépasse singulièrement le cadre de l’exception.

 

Il y a depuis le milieu du XVIIIe siècle, une fascination parfois avouée, souvent cachée, pour l’art britannique. Il imprègne nos arts. Pour ne citer qu’une de nos gloires nationales, le peintre Jacques Louis David, les inspirations venues d’outre Manche sont nombreuses et il serait difficile de faire l’histoire du néoclassicisme en France sans payer un lourd tribut à l’art anglais si souvent précurseur. De la même façon expliquer l’école de Barbizon sans John Constable semble impossible.

 

Cette fascination des artistes se traduit par un grand nombre d’œuvres dans les collections françaises. Certes il n’y a rien de comparable à celles qui touchent l’art italien ou hollandais mais pour un art que l’on a si souvent dénié et si souvent découvert, il semble qu’il ait eu de nombreux amateurs.

 

Dès le XVIIIe siècle Sir Joshua Reynolds est collectionné par des Français comme Harenc de Presles, par le maréchal de Broglie ou le duc d’Orléans. Plus tard les collectionneurs parisiens s’entichent de John Constable avant même que les Anglais ne s’en emparent. L’influence de la seconde génération des préraphaélites mais aussi de William Morris, l’intérêt pour Romney, tout cela se traduit encore aujourd’hui par de riches collections jamais étudiées dans leur ensemble. On trouve au musée du Louvre, au musée d’Orsay, au musée Condé à Chantilly, au musée Jacquemart-André, au musée Bonnat de Bayonne, à Dijon, à Rouen, à Bordeaux, mais aussi dans de nombreux musées les témoignages de cet intérêt.


Cette base de donnée est la première tentative pour offrir un panorama plus juste de cette passion souvent secrète.


Olivier Meslay