Collection

L'art britannique  

Les portraits britanniques

A partir du XVIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, la production de portraits a constitué la principale activité des peintres actifs en terre britannique. En effet, l'instauration progressive de l'anglicanisme à partir du règne de Henry VIII conduisit à la disparition des commandes à caractère religieux et la plupart des autres genres de la peinture (paysage, nature morte, peinture d'histoire) furent peu illustrés au moins jusqu'au XVIIIe siècle.

Tout en développant un style spécifique privilégiant le hiératisme et une certaine rigidité blafarde voire minérale, les artistes britanniques n’en subirent pas moins directement les influences venues de l’étranger, principalement d’Europe du Nord. Le plus important de ces portraitistes « importés » fut le peintre allemand Hans Holbein (1497-1543), dont le Louvre conserve une très belle collection de cinq portraits, dont trois sont à mettre en relation avec son prestigieux séjour anglais de 1526 à 1543 et un ensemble important de dessins. Le Louvre conserve également un remarquable Portrait d’Edouard VI, roi d’Angleterre par Guillim Scrots, peintre actif en Angleterre surtout après la mort d’Holbein et lui aussi originaire d’Europe du Nord. Hans Eworth (vers 1520-1573) est le plus important de tous les portraitistes actifs en Angleterre après Holbein. Le musée de Besançon conserve un superbe portrait d’homme vêtu de rouge qui lui est attribué et où l’on retrouve la précision sans faille de son dessin et l’intensité presque brûlante de sa palette, tout cela corseté dans la rigidité impeccable du XVIe siècle anglais. Durant le règne d’Elisabeth I (1558-1603), les portraits en miniature vont connaître une remarquable floraison porteuse d’une délicatesse et d’une préciosité nouvelles. Le Louvre conserve quelques exemples de ces productions raffinées avec des œuvres d’Isaac Oliver (1565-1617) et surtout un petit portrait de femme, acheté en 2007, du à Nicholas Hilliard (vers 1547-1619), le maître du genre.

L’arrivée à Londres en 1632 du peintre anversois Antoon Van Dyck (1599-1641) influa considérablement sur le cours du portrait anglais. Plus qu’ailleurs, Van Dyck développa sur l’île un style mêlant remarquablement grandeur et décontraction. Ses portraits se distinguent par un souci constant du décorum allié à un certain sentiment de proximité avec ses modèles auparavant presque inconnu en Angleterre. Les collections françaises sont particulièrement riches en œuvres de Van Dyck mais c’est au Louvre surtout qu’on pourra admirer son chef d’œuvre Le Portrait de Charles Ier, roi d’Angleterre à la chasse (vers 1638). Après la disparition de l’artiste, le peintre d’origine allemande, Peter Lely (1618-1680) développa sa propre déclinaison, très empreinte de sensualité, du style Van Dyckien. Ses œuvres sont assez bien représentées dans les collections françaises (Valenciennes, Rennes) et surtout au Louvre avec un Portrait d’homme (vers 1670) tout à fait représentatif.

Au XVIIIe siècle, L’Angleterre va apporter sa contribution la plus originale au genre en créant la « conversation piece » (pièce de conversation). Foyer majeur des « Lumières », la société anglaise développa au plus haut point l’art de la sociabilité et de la conversation mondaine et néanmoins informelle. Dès les années 1720, les artistes Philippe Mercier (1689-1760) ou William Hogarth (1697-1764) produisirent les premiers portraits collectifs décrivant des cercles familiaux, amicaux ou d’amateurs nourrissant une passion commune, en activité de conversation. Les collections du Louvre illustrent fidèlement cette spécificité anglaise avec des œuvres représentatives des maîtres du genre : Philippe Mercier, William Hogarth (avec une petite scène de genre inachevée achetée en 2008), Arthur Devis (1712-1787), ou Johann Zoffany (1733-1810). Il convient enfin de mentionner un remarquable petit chef-d’oeuvre par Thomas Gainsborough (1727-1788), La Conversation dans un parc, portrait présumé de l’artiste avec sa jeune épouse qui combine deux passions de la société anglaise à l’époque : la conversation et les jardins.

Durant la seconde moitié du siècle, les portraitistes anglais se montrèrent de plus en plus jaloux de faire reconnaître la dignité de leur art. Parmi eux, Sir Joshua Reynolds (1723-1792) fut certainement le plus ambitieux, et le plus talentueux. Premier directeur de la jeune Royal Academy où il prononça de remarquables conférences invoquant le modèle des grands maîtres de la peinture européenne, Reynolds développa un style nouveau alliant audace formelle (avec le plus souvent une très grande liberté de facture) et un souci constant de décorum et de référence aux grands modèles du passé : la Renaissance italienne, la peinture baroque (dont Van Dyck en premier chef), voire l’art de l’Antiquité. Reynolds est relativement bien représenté dans les collections françaises, même s’il manque encore un des très grands portraits en pied où l’artiste fit montre de tout son brio. Néanmoins, le musée Jacquemart-André présente un séduisant portrait martial des années 1750, Le Portrait du capitaine Torryn (1758) et les musées de Montpellier et du Louvre possèdent deux charmantes effigies enfantines dont l’artiste s’était fait une spécialité : Le Petit Samuel en prière (1777) et Le Portrait de Master Hare (1788), donné par la famille de Rothschild en 1905. A son exemple, ses contemporains conçurent des effigies tout aussi dignes et capables d’intériorité, les collections françaises conservent ainsi des œuvres d’Allan Ramsay (1713-1784) et de George Romney (1734-1802) au musée du Louvre et de Francis Cotes (1726-1770), au musée Cognac-Jay.

Thomas Gainsborough fut le plus talentueux rival de Reynolds, conférant à ses effigies peut-être un plus grand sentiment de vie, du certainement à sa pratique du paysage indépendant et de la scène de genre où il fut un maître également. Le Louvre a la chance de posséder un de ses portraits les plus ambitieux, le très Van Dyckien Portrait de lady Alston (vers 1760), don de la famille Rothschild en 1947.
Au début des années 1790, une nouvelle génération de portraitistes développa, sur un mode plus fluide et moins expérimental, la technique très enlevée de Reynolds. Ainsi Sir Thomas Lawrence (1769-1830) et Sir Henry Raeburn (1756-1823) imposèrent dans l’Europe entière un nouveau type de représentations très largement brossées avec des personnages représentés dans des attitudes plus souples, « naturelles », en relation directe et harmonieuse avec la nature qui les entoure. Lawrence surtout connut une carrière internationale particulièrement brillante qui influa directement sur l’éclosion de l’école romantique en France notamment. Le jeune Delacroix, par exemple, estimait beaucoup son art. C’est à cette époque que l’art britannique commença d’être reconnu outre-Manche. Dans le Paris de la belle époque, les grandes collections se devaient de posséder au moins un exemple des portraits britanniques « fashionable » du XVIIIe siècle avec une prédilection pour la dignité fougueuse de Reynolds, Gainsborough ou de Lawrence : comme en portent encore témoignage les musée Jacquemart-André et Cognac-Jay à Paris ou le musée Bonnat à Bayonne par exemple. Les musées français ne recueillirent qu’en partie certains des fleurons de ces collections et surtout de la plus belle de toutes en matière d’art anglais rassemblée par Camille Groult (1837-1908). Le Louvre lui doit néanmoins deux portraits de Lawrence.

Après une première phase d’enrichissement des collections françaises à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, portant surtout sur des œuvres particulièrement ambitieuses et plutôt proto-romantiques des années 1770-1830, c’est principalement à partir des années 1970 que les acquisitions se sont volontairement porté vers l’art anglais avec un intérêt soutenu pour les artistes moins reconnus en France jusque là (Ramsay, Zoffany, Mercier, Hogarth), les musées des Beaux-Arts de Bordeaux et du Louvre ont été les plus actifs dans ce domaine.

En 1915, les musées français bénéficièrent du don particulièrement généreux du collectionneur anglais Sir Edmund Davis (1862-1939). L’ensemble, essentiellement constitué d’œuvres d’artistes britanniques de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe siècles (dont des œuvres de Sir Edward Burne-Jones (1833-1898), Sir John Everett Millais (1829-1896) et Georg Frederic Watts (1817-1904)), comprenait plusieurs portraits. Parmi eux, notons, remarquons Le hiératique portrait de Mrs Heugh réalisé en 1872 par Millais, ancien fondateur du mouvement pré-raphaélite. On peut rattacher à ce mouvement, le portrait de Lady Frances Balfour par Burne-Jones acquis par le musée des Beaux-Arts de Nantes en 1991. L’œuvre est datée de 1880.


Guillaume Faroult