Collection

L'art britannique  

La peinture anglaise en France avant 1802

Parler d’une présence de la peinture anglaise en France avant le XIXe siècle peut sembler surprenant. Citer un tableau d’un peintre anglais dans une collection française avant la Révolution paraît difficile. Pourtant ce postulat bien établi se révèle erroné. Les peintures étaient présentes et souvent de bonne qualité. Et cette présence n’était pas seulement celle de leurs gravures dont on sait qu’elles connaissaient une vogue considérable dès avant même le milieu du XVIIIe siècle. La peinture britannique ne fit pas sa première apparition au Salon de 1802 avec le fameux tableau de Benjamin West La mort sur un cheval pâle, elle était répandue en France bien avant cette date.
 

Cela ne devrait pas tant nous surprendre. En relations étroites depuis Guillaume le Conquérant sur un mode parfois aussi fraternel que conflictuel, les deux pays ne pouvaient pas en huit siècles éviter les échanges artistiques. Toutes sortes de liens ont maintenu à un haut niveau cette relation. Il faudrait pour chacun d’eux une étude particulière. L’importance des ambassadeurs évoquée plus loin est certainement la plus visible et la plus officielle. Les vieux liens aristocratiques qu’établirent certaines familles normandes après la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Conquérant ne sont pas moins déterminants.
 
Des liens traditionnellement anti-anglais ont pu aussi et paradoxalement renforcer la connaissance de la peinture britannique, en particulier les relations étroites entretenues par l’Ecosse avec la France dans le cadre de la Auld Alliance et, pour des raisons religieuses, celles entretenues avec l’Irlande. Rappelons ainsi qu’il existait plusieurs régiments écossais et irlandais au XVIIIe siècle en France, comptant au moins quatre mille officiers et soldats. Quelques institutions étaient aussi des foyers de présence britannique en particulier les collèges anglais, écossais ou irlandais qui se trouvaient établis, depuis des siècles parfois, à Paris, ville qui comptait de nombreux établissements religieux britanniques dans les quartiers de l’Université et de Saint-Sulpice, à Douai, à Rouen ou à Toulouse. Les familles jacobites fournirent à la France de nombreuses personnalités. A l’inverse, les familles huguenotes françaises installées en Grande-Bretagne après la Révocation de l’édit de Nantes gardèrent des liens avec leurs familles ou en tissèrent avec des compatriotes ou des coreligionnaires restés en France.
 
A tout cela s’ajoutent les figures de francophiles et d’anglophiles qui jouèrent parfois un rôle considérable dans cette perméabilité culturelle. Il faut ajouter les simples particuliers britanniques qui, installés à Paris, peuvent avoir aussi joué un rôle en donnant l’occasion à leurs visiteurs de voir les tableaux qu’ils possédaient. A l’inverse, des Français ont contribué à répandre en France cette anglophilie, premier pas vers l’art d’outre Manche. Rappelons les plus fameux comme Montesquieu, Voltaire, l’abbé Prévost, le duc de Liancourt, philanthrope et industriel ou le comte de Lauraguais intéressé par les chevaux.
 
Les Français, en voyant les collections que l’aristocratie anglaise a accumulées depuis la Révolution, pensent souvent que les Anglais ont depuis toujours un goût prononcé pour l’art français. Cela reste à prouver car relativement rares sont les tableaux français possédés par des Anglais avant 1793. La trilogie Poussin, Claude et Vernet était avant tout pour les Anglais une trilogie de peintres italiens d’origine française, achetés d’ailleurs pour la plupart en Italie où ils peignaient. Pour le reste, seul Watteau et ses émules connurent réellement le succès. Van Loo ne fit que passer et Philippe Mercier et Dominique Serres, malgré leurs origines françaises, sont directement à placer parmi les peintres anglais. Sans tomber d’un excès dans l’autre, il faut donc peut-être considérer avec plus d’égalité l’importance des goûts réciproques des Français et des Anglais.
 
La peinture française en Angleterre a toujours été mieux étudiée que l’inverse et son influence mieux prise en compte. Le présent article veut attirer l’attention sur une présence de la peinture anglaise en France plus importante qu’on ne l’a cru.

Olivier Meslay

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