Collection

L'art britannique  

L'Art britannique et le fantastique

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les artistes britanniques, sous l'influence des écrivains et des philosophes de langue anglaise, abordent une thématique nouvelle, "fantastique", qui met en scène des êtres fantomatiques dans des situations irréelles souvent inquiétantes.
 
Une certaine tradition dans la grande littérature anglaise peut expliquer cette éclosion en terre britannique puisque certaines pièces de William Shakespeare (1564-1616) comme La Tempête (1611) ou Le Songe d'une nuit d'été (1600) mettaient en scène déjà des créatures féeriques provenant d'un monde parallèle au réel.  Plus tard, Le Paradis perdu (1667), épopée monumentale de John Milton (1608-1674) mettait en scène Lucifer, prince des enfers et toute son armée des Ténèbres en lutte contre dieu. En 1757 enfin,  la publication de la Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau du philosophe irlandais Edmund Burke (1729-1797), rendait extrêmement populaire la notion de "sublime" qui allait influencer considérablement de nombreux artistes et théoriciens de l'art pendant de nombreuses décennies. Cette notion désigne un sentiment de saisissement et d'horreur à la vue d'un spectacle grandiose et funeste. Agrégée au domaine de la contemplation esthétique, ce concept venait offrir en occident une alternative à l'idéal de la beauté classique, harmonieuse et sereine, hérité de la Renaissance.
 
De nombreux artistes britanniques, inspirés par Burke et la tradition fantastique de la littérature anglaise bientôt confortée par la publication du Moine (1796) de Matthew Gregory Lewis (1775-1818) et de Frankenstein (1818) de Mary Shelley (1797-1851), allaient produire une abondante séries d'oeuvres fantastiques.
 
La peinture de Johann Heinrich Fussli (1741-1825), Le Cauchemar (1781) qui fait sensation lors de sa présentation à la Royal Academy, est considérée comme le premier grand chef d'oeuvre de la peinture anglaise fantastique. L'artiste se fit alors une spécialité des représentations fantastiques souvent inspirées par les oeuvres de Shakespeare ou la mythologie germanique.
 
A sa suite, William Blake (1757-1827), dessinateur, graveur et poète, se fit également une spécialité de gravures et d'illustrations d'inspiration fantastique.
 
Au XIXe siècle, durant toute la première moitié du siècle, certains peintres, comme Joseph Mallord William Turner (1775-1851), John Martin (1789-1854) ou Francis Danby (1793-1861) développèrent un genre particulier de paysages sublimes représentant le plus souvent des scènes de déluge ou de cataclysmes, par ailleurs d'autres peintres produisirent un type particulier de peintures féeriques "the fairy paintings", dont le peintre Richard Dadd  (1817-1886) fut peut-être le représentant le plus éminent.
 
Depuis une période assez récente, les collections publiques françaises d'art britannique reflètent assez fidèlement cette production très spécifiquement anglaise. Ainsi l'art de Johann Heinrich Fussli est bien représenté au Louvre avec une peinture particulièrement impressionnante Lady Macbeth, de 1784 (achetée en 1970), inspirée de Shakespeare et un ensemble de dessins. Signalons également un saisissant portrait de Fussli par Thomas Lawrence (1769-1830) au musée Bonnat de Bayonne. De générations voisines et relevant de la même veine, on peut signaler un remarquable ensemble de dessins de George Romney (1734-1802), dont La Sorcière de Laponie observant un naufrage dans la tempête (musée du Louvre, acquis en 1991) et la saisissante feuille de Lawrence, Satan et Belzebuth (musée du Louvre, acheté en 1980) préparant une grande peinture présentée à la Royal Academy en 1797. Ce n'est qu'en 2006, que le Louvre a acheté sa première feuille aquarellée de William Blake, Death of the strong wicked man et sa première peinture de John Martin, Le Pandemonium, chef d'oeuvre de 1841. Enfin depuis 1997, une peinture de Richard Dadd, Titania endormie est présentée au Louvre.
 
Guillaume Faroult