Collection

L'art britannique  

Le Paysage

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le genre du paysage prit véritablement essor en terre britannique. Les amateurs anglais au cours de leur traditionnel « Grand Tour », vaste périple à travers l’Europe à la découverte des peuples, des arts et des sites, prirent l’habitude de rapporter dans leurs bagages des peintures des paysages (le plus souvent d’Italie) tant idéalisés que réels. Ils se passionnèrent autant pour les paysages classiques du siècle précédent de Nicolas Poussin (1594-1665) et surtout de Claude Gellée dit le Lorrain (1602-1682) que pour les vedute des brillantes cités cisalpines contemporaines dues aux pinceau de Claude-Joseph Vernet (1714-1789) ou d’Antonio Canaletto (1697-1768). Ce dernier se rendit même en Angleterre en 1746 pour réaliser de célèbres vues de Londres. Les premiers peintres anglais de paysage, tels George Lambert (1700-1765) ou Richard Wilson (1714-1782), furent redevables de la tradition classique inspirée par Claude ou Poussin. Les collections françaises sont pauvres dans ce domaine. De même que la production si originale de Thomas Gainsborough (1727-1788), qui développe, à partir de sa parfaite connaissance des paysages hollandais du siècle d’or, une représentation très personnelle des beaux ciels changeants de l’Angleterre, n’est représentée que par quelques dessins au Louvre et se trouve évoquée sur la charmante Conversation dans un parc du même musée.
 
Durant la seconde moitié du siècle, les artistes anglais renouvelèrent l’approche traditionnelle du paysage en développant la pratique de l’aquarelle. Ils initièrent ainsi en Europe le goût des paysages réalisés directement d’après le motif, tant en Italie dans les années 1770-1780 qu’en Angleterre. On leur doit une application plus fluide des pigments colorés et un goût nouveau pour les paysages contrastés et surtout pour les ciels tourmentés. C’est principalement au début du XIXe siècle que les paysagistes anglais vont imposer en Europe leur nouveau regard. Joseph W. M. Turner (1775-1851), peut-être le plus célèbre de tous les paysagistes anglais, n’est représenté dans les collections nationales que par une seule peinture inachevée et tardive (vers 1845), Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain au musée du Louvre et deux aquarelles.
 
En 1824, les artistes anglais reçoivent un véritable triomphe lors de leur présentation au Salon à Paris. Parmi eux, ce sont surtout deux paysagistes : John Constable (1776-1837) et Richard Parkes Bonington (1802-1828), qui reçoivent les suffrages du public et de toute une génération de jeunes artistes français « romantiques ». Les collections françaises sont relativement riches en œuvres de ces deux maîtres dont les œuvres ont été très tôt recherchées. C’est ainsi que le Louvre acquiert son premier Bonington dès 1849 et reçoit un chef d’œuvre de Constable, La Baie de Weymouth à l’approche de l’orage en 1873. De ce dernier artiste, le Louvre conserve aussi un très important ensemble de dessins et d’albums donnés par David David Weil en 1924 et Etienne Moreau-Nélaton en 1927.
 
Les artistes britanniques, parmi les premiers, développèrent le goût pour les paysages lointains. Ainsi, John Glover (1767-1849) qui s’établit en Australie en 1831 et dont Louis-Philippe acquit deux paysages dès 1845 mais aussi d’autres artistes qui entendirent très tôt l’appel de l’orient, tel Edward Lear (1812-1888), dont le musée Condé à Chantilly conserve un beau Coucher de soleil sur l’île de Philae de 1861.
 
Guillaume Faroult