Collection

L'art britannique  

L'Aquarelle anglaise

Il y a peu d’exemples dans l’histoire des arts d’une technique si intimement liée à une nation. L’aquarelle est aujourd’hui encore associée à l’Angleterre comme l’une de ses manifestations artistiques les plus remarquables. Alors que la technique en était connue depuis le XVIe siècle avec des exemples remarquables exécutés par Albrecht Durer, la pratique ne s’en répandit vraiment qu’au XVIIIe siècle en Angleterre.
 
D’abord considérée comme un exercice, un moyen plutôt qu’un but, elle fut répandue par deux pédagogues le Révérend William Gilpin (1724-1804) et Alexander Cozens (1717-1786). Le premier fut le premier à imaginer ce que l’on appela le « Picturesque tour », un voyage destiné à visiter et saisir les paysages les plus aptes à être peints. Cette notion de voyage de peintre devait connaître un succès extraordinaire. L’aquarelle par la légèreté de son matériel mais aussi par la rapidité de son exécution était l’instrument idéal pour garder le souvenir de ces périples. A l’opposé de cette vision empreinte des notions de paysage classique Alexander Cozens prônait avec l’aquarelle une toute autre vision. Utilisant la technique des tâches aléatoires sur une feuille il invitait ses élèves à imaginer à partir de ces formes des paysages nouveaux.
 
Ces deux personnalités connurent une large audience et suscitèrent un véritable engouement à la fin du XVIIIe siècle. Le goût du paysage, du voyage, une véritable passion pour le phénomène plus général de la mémoire devait susciter une floraison de vocations. Certains artistes comme John Robert Cozens (1752-1797), le fils d’Alexander, ou William Pars (1742-1882) furent parmi les premiers à peindre les Alpes et l’Italie. Le Louvre conserve du premier une Vue de l’Aiguille verte entre Chamonix et Martigny, Rouen une Vue de Rome par le second.
 
L’un des artistes les plus brillants dans cette technique n’était autre que Joseph W. M. Turner (1775-1851), les collections françaises en sont aujourd’hui relativement riches grâce à des achats anciens du Louvre, Vue de la terrasse de Saint Germain en Laye, ou plus récents comme la magnifique aquarelle acquise par le musée du château des ducs de Bretagne à Nantes représentant Le port de Nantes. Le principal compétiteur de Turner fut avant son départ en Australie le peintre John Glover (1767-1849), le musée de Rouen conserve de lui un Paysage tout à fait caractéristique. De la même époque, à cheval sur la France et l’Angleterre, Louis Francia (1772-1839) originaire de Calais fut à la fois un grand aquarelliste anglais et l’introducteur de cette technique en France comme maître de Richard Parkes Bonington (1802-1828).
 
La génération de ce dernier fut véritablement celle du triomphe de l’aquarelle et de sa diffusion par le biais d’estampes et de livres d’étrennes. Ce fut à ce moment que le brio et l’éclat délicat de cette technique atteignit son sommet. L’une des collections françaises les plus riches en la matière est sans conteste celle de Calais, on y trouve à côté d’un ensemble remarquable de Francia, un chef d’œuvre de Bonington, Vue du Mont-Saint-Michel, des œuvres de David Cox (1783-1759), une Vue de Calais William Callow (1812-1908), des aquarelles de Newton Fielding (1799-1856). Cette génération d’aquarellistes parcourut souvent la France et leurs œuvres offrent un intérêt topographique indéniable qui a suscité de nombreux achats par les musées français. L’un des plus riches en la matière est certainement le musée Carnavalet qui conserve par exemple de superbes exemples de l’art de Thomas Shotter Boys (1803-1874) comme La vue de l’Institut, une œuvre importante de Thomas Girtin (1775-1802) représentant La Rue Saint Denis, ou des œuvres de William Wyld (1806-1889), comme Les Tuileries. Mais beaucoup d’autres musées ont acquis des exemples d’artistes contemporains comme Samuel Prout (1783-1852), Vue de Saint Pierre de Caen, au musée de Caen.
 
Parmi les maîtres de l’aquarelle, on peut citer aussi David Roberts (1796-1864) qui fit le voyage au Moyen Orient. On peut citer de lui en particulier une Vue de la Vallée des Rois conservée à la Fondation Custodia à Paris.
 
Limiter l’aquarelle au paysage serait en oublier la variété de ses usages. Des artistes aussi variés que John Flaxman (1755-1826) l’ont utilisé comme on peut le voir dans Les deux anges conservé au musée Dobrée de Nantes ou avec la belle aquarelle de John Martin (1789-1854) représentant Le Déluge.
 
On le voit l’aquarelle anglaise est bien représentée dans les collections française. Son histoire est complexe et les rapports avec la France étroits et nombreux. On les trouve bien illustrés par les collections françaises qui sans en avoir toujours une grande conscience ont acquis au fil des années un ensemble respectable par son ampleur et sa diversité.
 
Olivier Meslay