Collection

L'art britannique  

Les artistes australiens et la France (1830-1940)

A l’origine terre pénitentiaire, l’Australie attira tout au long du XIXème siècle toujours plus de colons libres, dont de nombreux artistes, pour la plupart d’origine britannique. Le peintre anglais John Glover s’établit ainsi sur l’île de Tasmanie en 1831 et fut considéré comme l’un des premiers peintres majeurs de la jeune colonie, inaugurant une tradition de peinture de paysage s’attachant à rendre compte de l’originalité de la nature australienne. Les années 1880 virent l’émergence de la première génération d’artistes nés en Australie et conscients de faire partie intégrante d’une tradition nationale propre, grâce notamment à l’instauration d’un véritable enseignement artistique professionnel. Ils n’en gardaient pas moins les yeux rivés sur le Vieux continent.
 
Si la plupart se rendirent naturellement en Angleterre pour compléter leur formation, plusieurs d’entre eux se tournèrent vers Paris, alors véritable capitale artistique internationale. Tom Roberts, John Peter Russell, Rupert Bunny ou Iso Rae furent ainsi les premiers d’une longue série d’artistes australiens venus à la fin du XIXème puis au cours des premières décennies du XXème siècles fréquenter les nombreux ateliers et académies qui accueillaient les peintres et sculpteurs étrangers dans la capitale française. Rares furent cependant ceux qui, tel Emanuel Phillips Fox, parvinrent à suivre les cours de la prestigieuse Ecole des Beaux-Arts.
 
Marqués par l’enseignement académique dispensé à l’époque par des peintres tels Gustave Courtois ou Jean-Paul Laurens, ces peintres furent également influencés par d’autres artistes étrangers, notamment américains, présents à Paris à la même époque. Rupert Bunny et Emanuel Phillips Fox travaillèrent ainsi dans l’atelier du peintre américain Alexander Harrison. Les plus talentueux d’entre eux exposèrent régulièrement dans les différents Salons parisiens et l’Etat acquit en 1904 une toile de Rupert Bunny destinée à la section de peinture étrangère du Musée du Luxembourg. Suivant l’exemple des artistes américains, ils explorèrent également la campagne française et visitèrent les colonies d’artistes établies hors de la capitale. La ville d’Etaples attira ainsi près d’une trentaine d’entre eux.
 
En 1914, de nombreux Australiens s’engagèrent en tant qu’artistes de guerre ou travailleurs volontaires, en France et en Angleterre, et laissèrent un témoignage unique et poignant sur les conditions de vie durant la Première Guerre mondiale.
 
Après l’achèvement du conflit, une nouvelle génération d’artistes australiens arriva en France, notamment des femmes. Bessie Gibson, Bessie Davidson, Hilda Rix Nicholas ou Agnes Goodsir comptèrent parmi les peintres venues trouver en France une forme d’engagement social et artistique et un style de vie différents. Elles embrassèrent alors tous les styles d’avant-garde européens et créèrent au cours des deux décennies suivantes des œuvres aussi diverses que leurs courants d’inspiration. Bessie Davidson et Agnes Goodsir s’intéressèrent aux post-impressionnistes Cézanne et Gauguin, ainsi qu’aux Nabis, tandis que Grace Crowley et Dorrit Black, furent, durant leur séjour en France, fortement influencées par le cubisme et ses derniers défenseurs, André Lhote et Albert Gleizes. Après leur retour en Australie au début des années 1930, ces artistes devinrent certaines des plus illustres représentantes du modernisme australien.
 

Anne Gérard