Collection

L'art des Etats-Unis en France jusqu'en 1940  

Origine de l’étude – les premiers travaux de recherche

L'étude de l'art des Etats-Unis commença donc concrètement avec les travaux de Léonce Bénédite, conservateur du Musée du Luxembourg entre 1892 et 1925. Il fut l'un des premiers à reconnaître publiquement l'existence d'une école purement américaine. Bénédite mit à profit son rôle de conservateur pour devenir un acteur de poids, réalisant l'acquisition de nombreuses œuvres américaines lors des Salons et organisant des expositions artistiques qui eurent lieu pendant qu'il était en fonction. Dix ans avant d’occuper ce poste, Bénédite avait facilité le premier achat par l'État d'une œuvre américaine : Le Retour, de Henry Gustave Mosler, acquise au Salon de 1879 et il fallut attendre dix ans pour qu'un deuxième tableau américain soit acheté : Le Bénédicité, de Walter Gay. L'Exposition Universelle de 1889 à Paris fit connaître l'art américain à un plus large public français, favorisant les acquisitions et le goût pour l'art et les artistes américains.

Mais, à cause du déclenchement de la Première Guerre mondiale et de l'instabilité économique et sociale qui s'ensuivit, l'exemple de Bénédite ne fut pas suivi,. Ce n'est qu'après 1945 que l'État recommença vraiment à soutenir et à acquérir des œuvres étrangères. A cette époque cependant, le monde de l'art avait radicalement changé de visage et New York était devenu le centre de l'avant-garde artistique. En réaction à ce changement, l'État français acheta bon nombre de tableaux et de sculptures expressionnistes et abstraits, reléguant au second plan l'art américain d'avant 1940.

On assista alors à une sorte de scission de l’art américain : dans les musées et les universités, on considérait qu'il existait deux catégories distinctes de l'art américain : un art national dit « primitif » d'avant 1940, et un art « moderne » universel et théoriquement supérieur, postérieur à cette date. Ce schéma contribua largement à façonner les habitudes des collectionneurs, les prix et les cotes des artistes. Mais il occulte la véritable évolution de l'art américain et l'éclectisme qui le caractérise. Si l'on étudie les tableaux et sculptures répertoriés dans cette base de données, on s'aperçoit que l'art américain d'avant 1940 a manifestement suivi le courant de l’évolution de l’art universel et que ses œuvres sont de grande qualité.

Ce n'est que vers la fin du XXe siècle que les spécialistes se sont penchés sur l'art américain d'avant-guerre. Les premiers travaux les plus significatifs sont de l'historienne d'art française, Véronique Wiesinger, qui a publié en 1992 un article sur les œuvres d'art américain dans les musées de France, entre 1870 et 1940. Ses recherches ont servi de point de départ pour les études ultérieures.