Collection

L'art des Etats-Unis en France jusqu'en 1940  

Les premières acquisitions : témoignages ethnographiques et portraits officiels

Au début du XIXe siècle, les peintres et sculpteurs américains, souvent catalogués comme provinciaux et manquant d'originalité, se battent pour se faire reconnaître à l'étranger. Les quelques artistes américains qui font exception à cette règle, comme Benjamin West, John Singleton Copley ou Gilbert Stuart, bénéficient d'appuis en Angleterre plus encore qu'en France. La situation commence à changer au milieu des années 1840 quand le roi Louis-Philippe passe deux commandes à des artistes américains, créant ainsi un précédent dans l'acquisition d'œuvres américaines par l'État. En 1845-46 il commande à George Catlin quinze portraits de chefs indiens et à George Peter Alexander Healy quarante-neuf portraits d'hommes d'État américains. Ces deux séries de tableaux sont destinées aux toutes nouvelles Galeries Historiques de Versailles.

Ces portraits sont d’une grande importance historique car ils furent les premiers tableaux américains à être commandés spécialement par l'État français. Mais il n'est pas certain qu'ils aient été perçus comme des œuvres d'art au sens propre du terme par les observateurs de l'époque. Des témoignages contemporains de ces portraits révèlent qu’ils sont perçus comme des curiosités ethnographiques ; il ne s’agit pas de propos sur les qualités artistiques des oeuvres. Les portraits peints par Healy sont restés à Versailles alors que ceux de Catlin ont été transférés successivement dans divers musées d'antiquités ou d'ethnographie : comme les Oiseaux d’Amérique, de John James Audubon, ils sont considérés comme des représentations « ethnographiques » du Nouveau Monde.

A une époque où la photographie n'est pas encore pleinement reconnue comme un art, on demandait à Catlin et à Healy de représenter de façon réaliste les hommes du Nouveau Monde par des portraits descriptifs, qui exprimeraient aussi la singularité "américaine" de leurs sujets. Catlin s'attache visiblement à préciser chaque détail du costume exotique de ses modèles, créant des portraits qui nous renseignent sur la physionomie plutôt que sur la psychologie des sujets. Healy, de la même façon, réalise un modèle iconique du portrait présidentiel. Ses portraits, comme les tableaux d'indiens de Catlin, sont relativement plats ; l'accent est mis sur les contours. Les présidents et les diplomates peints par Healy se caractérisent par leur tenue sobre et la rigueur de leur rôle d’homme d’état ­ une sorte de retenue républicaine saisissante par rapport aux portraits contemporains d'hommes d'État européens.