Chefs d'œuvre

Peintures et arts graphiques  

Portraits

Les portraitistes furent les premiers des artistes américains à jouir d'une renommée internationale. Gilbert Stuart et John Singleton Copley, parmi d'autres artistes « coloniaux », réussirent une carrière de portraitiste en France et en Angleterre aussi bien qu'aux États-Unis. Le tableau de Stuart, Portrait de Mrs. James Arden, témoigne de sa maîtrise des conventions du portrait mondain du XVIIIe siècle : la facture fluide, le traitement sensible du visage et la douceur romantique du fond exaltent les qualités de finesse et de goût du modèle.

Au fur et à mesure que les artistes américains se formaient à l'étranger, ils s'essayèrent à des styles d'inspiration continentale au lieu de copier le style des portraits anglais. George Peter Alexander Healy travailla essentiellement comme portraitiste. Il est représenté dans les collections françaises par 39 portraits de présidents et de diplomates américains, dont le portrait posthume de George Washington, premier président des Etats-Unis d'Amérique (1732-1799). Alors que le cosmopolite Healy avait fait ses études à Paris et à Rome, son contemporain George Catlin était quasiment autodidacte. Cependant, ce dernier acquit lui aussi une réputation internationale avec ses portraits d'Amérindiens, peints dans un style simple et linéaire, comme le tableau de 1846, Portrait de Shon-ta-ye-ga (Petit Loup).

Vers la fin du XIXe siècle, la montée de l'impressionnisme marqua une nouvelle ère du portrait américain. Le tableau le plus célèbre de James Abbott MacNeill Whistler, datant de 1871, est le portrait de sa mère, au titre ironique : Arrangement en gris et noir n°1 ou la mère de l'artiste, Anna Matilda MacNeill (1804-1881). Les portraits de femmes et d'enfants peints par Mary Cassatt furent influencés par les couleurs et les traits délicats des estampes japonaises. La technique éblouissante de John Singer Sargent le distingue de ses contemporains ; ses œuvres, d'une remarquable finesse psychologique, montrent un coup de pinceau audacieux. Les collections publiques françaises possèdent des portraits classiques à mi-corps peints par Sargent, comme son Portrait de Rodin, et des études de portrait en plein air, notamment le Judith Gautier, dit aussi Le repos près de la source, datant de 1883 ­ une composition étonnamment libre et moderne sur fond vert printanier.

Les portraits américains du début du XXe siècle furent marqués par l’engouement pour les théories de psychanalyse et de l'inconscient. Des artistes comme Paul Haviland Burty ou Henry Goetz réalisèrent des portraits qui puisaient dans le vocabulaire visuel de nouveaux styles comme le cubisme ou le surréalisme pour exprimer la personnalité du modèle. Dans le Jean Cocteau à l'époque de la Grande Roue, peint par Romaine Brooks en 1912, la grande roue qui se dessine à l'arrière-plan fait figure de symbole plutôt que de simple élément de composition. L'œuvre de Brooks anticipa l'évolution du portrait au XXe siècle en cherchant de nouvelles façons d'exprimer l'intériorité du sujet.