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Peintures et arts graphiques  

Paysages

Tout au long du XIXe siècle, bon nombre des peintres américains parmi les plus doués se consacrèrent à la représentation des paysages spectaculaires de l'Ouest lointain et inhabité. Les paysages monumentaux de l’Hudson River School figurent parmi les peintures américaines les plus représentatives du XIXe siècle. Mais ces paysages des années 1840 et 1860 ne sont pas illustrés dans les collections françaises, hormis une exception notable - La Croix dans la solitude, de Thomas Cole, acquis en 1975. Ceci s'explique en partie par le fait que les paysages ne furent pas une priorité pour les collectionneurs de l'État français pendant cette période. De plus, les toiles de l’Hudson River School, souvent de très grand format et difficiles à déplacer, étaient imprégnées de fortes connotations nationalistes ; elles étaient donc destinées essentiellement à des clients américains.

Tout au long de la période coloniale et de la première moitié du XIXe siècle, les artistes américains installés à Paris préférèrent d'autres genres que le paysage. Ce choix était fondé sur de solides raisons institutionnelles. Le paysage, historiquement considérée comme un genre mineur, n'avait jamais joué un rôle important dans la tradition française. Les goûts changèrent vers le milieu du XIXe siècle ; les critiques et les collectionneurs français commencèrent à attribuer plus de valeur aux paysages. Ils étaient influencés en ceci par les œuvres de Gustave Courbet, de Charles-François Daubigny, de Pierre-Étienne Rousseau et d'autres artistes de l'école Barbizon qui représentaient la nature avec un réalisme dynamique sans précédent dans l'art français.

Dans les années 1870, plusieurs artistes américains importants commencèrent à peindre des vues urbaines de grand format à Paris et dans d'autres villes de France. Frank Meyers Boggs se spécialisa dans les scènes de ports et de rues, comme son tableau de 1883 Le Port d’Isigny, Calvados. Ce tableau, comme pour la plupart de ses grandes toiles, est remarquable pour ses effets de lumière et la précision de ses détails. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, qui peignaient des paysages de petit format en plein air, les toiles très soignées de Boggs étaient le plus souvent travaillées dans son atelier à partir d'esquisses faites en plein air.

Boggs fut l'un des rares artistes américains de cette période qui préféra se consacrer aux scènes de la vie urbaine. Les impressionnistes américains furent plus attirés par les paysages que leurs prédécesseurs, mais ils privilégiaient les ambiances champêtres. Des artistes comme Theodore Robinson, Lila Cabot Perry ou Frederick Carl Frieseke peignaient des scènes ensoleillées de villages, de jardins et de bords de mer, se regroupant dans des colonies d'artistes installées dans des sites pittoresques. Thomas Alexander Harrison, un autre peintre de cette période, était surtout connu pour ses marines. Harrison fut influencé par les peintres de l'école symboliste, et bon nombre de ses tableaux, comme le Marine – La Lune de 1892, semblent imprégnés d'une profondeur allégorique.