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Peintures et arts graphiques  

La peinture d'histoire

Aux XVIIe et XVIIIe siècles en France, la peinture d'histoire était considérée comme la forme artistique la plus ambitieuse et la plus accomplie. Bien qu'elle perdît de sa popularité vers la fin du XIXe siècle, cédant la place aux styles modernes, elle restait appréciée grâce à sa position traditionnelle au sommet de la hiérarchie classique des genres. Selon la définition traditionnelle, la peinture d'histoire consistait en de grandes toiles représentant des sujets nobles puisés dans des sources bibliques, mythologiques ou historiques. Mais les artistes produisirent également des peintures d'histoire sur les événements contemporains d'importance nationale. Les sujets tirés de l’histoire de la Révolution française peints par Jacques-Louis David en sont un exemple.

Les peintres d'histoire représentent leurs personnages dans des poses théâtrales, le plus souvent observées d'après nature. La matière picturale est traitée selon les méthodes traditionnelles enseignées dans les écoles d'art, et travaillée avec soin afin d'obtenir une surface lisse. C'est le genre le plus exigeant en termes de temps de préparation, de recherches historiques, de technique et de matériaux coûteux. Plusieurs peintres d'histoire américains réalisèrent des œuvres importantes, ils représentent cependant une minorité parmi ces artistes, et les exemples de leurs œuvres dans les collections publiques françaises sont rares.

Le plus important des peintres d'histoire américains est sans doute Benjamin West, qui prôna ce genre pendant les années où il occupa la fonction prestigieuse de deuxième président de la Royal Academy de Londres. Les collections publiques françaises possèdent deux tableaux de West sur des thèmes bibliques, datant de 1782 : Les Lèvres d'Isaïe purifiées par le Feu,et son pendant, Jérémie voit une branche d'amandier fleurie. L'État français a récemment acquis un autre tableau d'histoire américain datant de 1769, peint par un artiste de Philadelphie, Henry Benbridge : Pascal Paoli à la bataille de Ponte Novu. Pour sa représentation du patriote corse, Benbridge employa des techniques de composition classique, présentant un moment décisif de cet épisode de l’histoire corse, de façon élégante et très stylisée.

La peinture d'histoire perd de sa popularité vers la fin du XIXe siècle ; le système des salons et des académies qui avait entretenu son emprise se trouvait affaibli par l'arrivée de styles nouveaux. Avec la montée de la photographie, la peinture d'histoire semblait moins adaptée à la représentation des événements contemporains importants. Des artistes qui adoptèrent l'impressionnisme ou des styles modernes ultérieurs rejetaient sciemment le système académique. Ils se consacraient plutôt à la réalisation de petits tableaux traitant de sujets quotidiens, employant une palette vive et monochrome, et une technique résolument non classique. Au tournant du XXe siècle, la peinture d'histoire n'était plus un genre majeur ; certains artistes américains continuèrent néanmoins à en emprunter les conventions, employant d'anciennes techniques académiques à de nouvelles fins. Les grands tableaux de Henry Ossawa Tanner, La Résurrection de Lazare (1896) et Les Pèlerins d'Emmaüs (1905), sont clairement influencés par la peinture d'histoire, bien qu'ils se situent en dehors des limites temporelles du genre.