Collection

Works by United States artists from the French National Collections, 1620-1940  

Jarres

Le terme de jarre, hérité du mot arabe "garrà" est utilisé en Egypte à partir de la conquête; dans les textes on le rencontre à partir du 8e siècle. Le terme équivalent pour la période copte n'est pas déterminé actuellement. Même si ce mot parait anachronique, c'est celui que nous emploierons dans cette base.
 
La jarre est un vase destiné à stocker des aliments, solides ou liquides, des grains, légumes, dattes, olives, miel, huile dans certains cas.
Deux types de jarres coexistent correspondant à deux dimensions différentes plus qu'à des destinations distinctes : les jarres de grand format, mesurant entre 50 et 80 cm de hauteur et les jarres de dimensions moindres, autour de 30 cm de hauteur. De nombreux exemplaires des deux catégories sont décorés de peintures.
 
 
Les grandes jarres présentent une large embouchure ouverte sur une panse à profil biconique ou ovoïde reposant sur un pied trop petit pour assurer une réelle stabilité. L'embouchure large facilitait le puisage et le pied trop petit nécessitait un support afin d'assurer un équilibre convenable. Souvent d'ailleurs ces jarres étaient enfouies en partie dans le sol ou dans des bancs maçonnés ou callées dans des trépieds de bois. Cet aménagement explique la concentration du décor sur la partie supérieure, restant seule visible. Dans les jarres biconiques, l'embouchure est souvent cernée d'un col bas, généralement sans moulure, mais pourvu de quatre très petites anses annulaires permettant d'arrimer un couvercle (E 10993). Les jarres biconiques ornées de décors en registres se rencontrent en Egypte, avec une variante dans l'emplacement et le nombre des anses (trois au lieu de quatre), dès l'époque ptolémaïque (cf jarre de Tanis)
 
Les jarres ovoïdes ne sont pas munies d'anses, le couvercle était donc vraisemblablement un plat ou une assiette simplement posé sur l'embouchure (E 12126), doit-on en conclure que leur contenu était moins précieux ? Leur col s'élève en forme de cheminée, bordée ou non par une moulure. Le pied est tout aussi étroit que dans la première catégorie de jarres. Leur décor n'est pas aussi stéréotypé que celui des jarres biconiques, mais préfère généralement les motifs géométriques.
 
La littérature ne mentionne pas, généralement, la présence d'un contenu dans ces grands récipients.
Ses dimensions importantes font de ce type de récipient un réservoir qui devait être installé dans les cuisines ou les resserres. Cependant le décor raffiné de quelques uns incite à y voir un élément de prestige en même temps que de stockage. Peut-être faisaient-ils office de huche dans les salles de réception où les convives étaient nombreux ?
 
Les jarres biconiques se rencontrent dans des niveaux du 6ème siècle aussi bien que plus tardifs, à Tôd jusqu'au 10ème siècle. Beaucoup de sites monastiques ont fourni ce genre de matériel. Les jarres ovoïdes qui semblent à priori, plus rares sont attribuables à la même fourchette chronologique.
 
Très fréquemment une trace de corde est visible au niveau de jonction des deux cônes; une corde était vraisemblablement utilisée pour assurer la rigidité de l'argile au moment de la soudure des deux parties, tournées séparément, avant la mise dans le four, au moment du séchage à l'air libre.
 
Les petites jarres présentent une panse ovoïde, reposant sur un pied annulaire ou droit mais bien marqué assurant une bonne stabilité; l'embouchure, large, est formée par un col en cheminée tronconique. La hauteur de ce col représente toujours à peu près 1/5 de la hauteur totale. Il est couronné par une moulure en quart de rond à lèvre horizontale. Son articulation avec la panse est soulignée par un ou deux filets en relief. Sa forme évoque celle des pélikés grecques (cf. base Atlas) Etant données ses dimensions et son décor souvent très soigné ce récipient devait prendre place à l'intérieur des salles de réception, posés sur une table ou une étagère.
Beaucoup ont été trouvés sur des sites monastiques.
La thèse d'un atelier localisé au monastère saint Jérémie à Saqqara, bien que séduisante, puisque ce lieu a fourni plusieurs exemplaires de jarres peintes attend toujours sa confirmation par des textes ou par la découverte de cet atelier à Saqqara. D'autres sites en effet ont fourni ce type de matériel, pour certains, tel Antinoé, en plusieurs exemplaires aussi. La qualité de l'argile qui pourrait donner une orientation d'origine est rarement décrite dans la documentation muséographique.
 
 
 
Quoiqu'il en soit l'une des caractéristiques les plus attrayantes de ces jarres, grandes et petites, réside dans son décor. Peut-être inspirés des lointains vases grecs, notamment les hydries de Hadra (cf. base Atlas), le décor court tout autour de la partie supérieure de la panse, en un seul registre. Des scènes animées tentent de prendre place dans des métopes (cadres) scandant le registre à l'aide de rubans tressés, d'arbustes ou de fleurs schématisés. Mais ces cadres loin d'enfermer les animaux qui s'affrontent, se poursuivent ou se regardent ne sont que des ponctuations, essayant de mettre un peu d'ordre dans le foisonnement des figures; pattes, becs, queues, mufles franchissent sans respect les encadrements dans la plus belle tradition de la peinture copte. L'iconographie mêle les sources d'inspiration grecques avec les rinceaux de lierre, de laurier, égyptiennes avec les fleurs de lotus et les animaux et orientales dans le traitement sophistiqué des animaux.