Découvrir

Recherche simple et avancée dans la base de données des œuvres  

 
 
 

G. Poncet


Lieu de conservation

Paris, musée du Louvre

E

10993

 

 

Grande jarre peinte munie de quatre anses miniatures

provenance inconnue

6e-8e siècles

H. : 50 cm ; D. max. : 40 cm ; D. embouchure ext : 19 cm

Vaisselle de conservation

Jarre

Terre cuite rouge orangé ; aspect "éponge". Les éventuelles inclusions sont difficilement repérables en raison du bon état de la pièce ; la présence de mica doré est tout de même discernable.

Tournée et peinte

Disposé sur un seul registre, le décor occupe la moitié supérieure de la panse. Une dizaine d'animaux variés s'ébattent au milieu d'étranges plantes bouletées. Une gazelle menacée par des lions, des poissons, des oiseaux et un couple de gazelles s'ordonnent de part et d'autre d'un buste féminin richement paré. Les motifs s'enlèvent en noir et orange sur un fond d'engobe blanc sans épaisseur.

Achat chez Casira au Caire


Commentaires

Cette forme de grande jarre biconique, munie de quatre anses minuscules et rapportées, permettant de fixer un couvercle protégeant le contenu de la jarre, se rencontre sur quelques sites : Esna (type K2), Saqqara (Musée copte n° 9065), Armant (Armant, pl. LX n° 67L5), Gourna (n°854, p.81, pl. XIV 7), Akhmîm/Panopolis, conservée à Berlin, SMB-PK n° 3498. Les datations proposées vont du 5e siècle, notament à Gourna où existe un prototype d'époque ptolémaïque et à Armant où la jarre fut exhumée d'un niveau romain tardif (maison HT51) aux 7e-8e siècles dans les sites monastiques mentionnés ce-dessus. Le grand intérêt de cette pièce réside aussi dans la qualité et l'originalité de son iconographie. Si les animaux sont fréquents dans la peinture de vase, les portraits, comme en général les représentations humaines, sont beaucoup plus rares. D'un schématisme agréable, le buste féminin se présente de face, vêtue d'une tunique au décolleté échancré en pointe. Ce type d'échancrure n'est pas fréquente, mais se rencontre notamment sur la nymphe se mirant de la grande tenture du Dumbarton Oaks de Washington (inv.32.1) .Il pourrait s'agit d'un châle porté sur une fine tunique dont le décolleté arrondi pourrait se confondre avec les nombreux colliers ornant le cou de cette élégante. Une autre curiosité de ce portrait réside dans l'originalité de l'accroche des boucles d'oreilles, suspendues aux cheveux et non aux oreilles. Est-ce une interprêtation ou une incompréhension du diadème byzantin orné de longues guirlandes de perles encadrant le visage ? une mode dont le souvenir s'est perdu ? Il existe actuellement en Inde du Sud (Kérala) une tribu nomade dont les femmes portent des boucles de cheveux attachées de la même façon qu'il apparait sur ce portrait. Conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge, un tesson de grande jarre , trouvé à Saqqara dans la nécropole des animaux, daté entre le 5e et le milieu du 6e siècles offre le portrait (lacunaire) d'une femme richement parée et beaucoup plus sophistiquée. Même chose sur une amphore de stockage de Tell Atrib. Sont à remarquer aussi l'humour présidant à l'exécution des figures : l'expression hallucinée et boudeuse de femme, la danse du poisson dressé sur la queue, l'air débonnaire des lions et le roucoulement du couple d'oiseaux ; et cet étonnant mélange de virtuosité et de maladresse dans les dessins qui semble être une constante de l'art copte ! Les traits sont nets, précis, sans bavures ni hésitations mais le dessin fait fi du réalisme et des proportions. Une gargoulette des Kellia présente un décor dans le même esprit, avec quelques motifs identique : Kellia III, n°188, p. 571 et 542, cependant elle fut découverte trouvée hors contexte.


Bibliographie

Neyret 161. C.Cannuyer, l'Egypte copte, chrétiens du Nil, 2000, p. 58; Lyon-Caen, 2001, 85, n° 55