Un cabinet d’ébène

Un cabinet d’ébène à la loupe

Un cabinet d’ébène à la loupe
Cabinet
Vers 1645
Bâti de chêne et de peuplier, base de bois fruitier noirci, placage d'ébène
H. : 1,84 m. ;
L. : 1,58 m. ;
Pr. : 0,56 m
OA 6629
Paris, musée du Louvre,
© 2007 Musée du Louvre
Harry Bréjat

Analyse

Un meuble complexe

Le cabinet est formé de deux parties indépendantes :
le pied et le caisson supérieur. Bien que séparées, les deux parties sont conçues l’une pour l’autre.

Le pied est composé de dix supports, cinq colonnes placées devant, cinq pilastres à l’arrière. Les colonnes sont décorées de feuilles de vigne et de feuilles de lierre. Elles alternent avec des tabliers. L’ensemble est surmonté d’une ceinture qui abrite trois tiroirs.

La partie supérieure, le cabinet à proprement parler, peut se décomposer visuellement en trois niveaux :
en haut, une frise abritant elle aussi trois tiroirs et surmontée d’une corniche légèrement saillante ; une frise inférieure, comme une prédelle, en quatre parties ; entre les deux, le niveau principal qui est structuré en quatre travées séparées par des pilastres cannelés corinthiens : sur les parties latérales, des niches abritant des figures en ronde-bosse et au centre, deux grands panneaux offrant une scène sculptée encadrée d’entrelacs de moulures ondées et de figures en écoinçon.

Structurellement, le niveau central et le niveau inférieur sont solidaires et composent en réalité deux portes, ou vantaux, qui s’ouvrent sur l’intérieur du cabinet. Ces vantaux ferment à clef. Le cabinet du Louvre conserve encore la serrure et la clef anciennes. Sur leur face interne, les vantaux ont reçu un décor moins complexe : une scène de format carré encadrée par des moulures.

Les côtés du cabinet sont également ornés de figures à cheval dans un encadrement géométrique combinant un rectangle et un losange, parsemé autour de fleurs.

L’arrière du cabinet est très simple, sans décor ni placage d’ébène car il n’était pas fait pour être vu : ce type de cabinet était destiné à être placé contre un mur.

A l’exception de l’arrière le cabinet est recouvert d’ébène, bois noir très dur et brillant, qui donne un aspect sombre et austère au meuble.

Cabinet (Détail du cabinet)
OA 6629
Paris, musée du Louvre

Cabinet (Détail du cabinet)
OA 6629
Paris, musée du Louvre
©2007 Musée du Louvre / Harry Bréjat

Cabinet (Système de fermeture)
OA 6629
Paris, musée du Louvre

Cabinet (Système de fermeture)
OA 6629
Paris, musée du Louvre
©2007 Musée du Louvre / Harry Bréjat

Cabinet (Vue arrière)
OA 6629
Paris, musée du Louvre

Cabinet (Vue arrière)
OA 6629
Paris, musée du Louvre
©2007 Musée du Louvre / Harry Bréjat
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Une grande richesse intérieure

En ouvrant les grands vantaux, on découvre une composition plus animée que l’extérieur par la présence d’éléments colorés.

Des colonnettes de couleur rose associées à des entablements ressortent sur le fond noir des tiroirs et des petits vantaux centraux. Elles forment une véritable architecture, une sorte de portique monumental à colonnes superposées.

La présence de colonnettes à cet endroit est relativement rare dans les cabinets de ce type. De même, l’intérieur du cabinet n’est animé d’habitude d’aucun élément de couleur.

Pas moins de vingt-trois tiroirs sont présents. Le niveau supérieur comprend trois tiroirs, bien que, visuellement, il y ait six façades de tiroirs. Les façades de tiroirs sont toutes composées de façon identique, avec une scène montrant des enfants jouant avec des monstres marins, encadrée par une moulure, et un anneau, qui permet d’ouvrir le tiroir, fixé sur un mufle de fauve cornu en bronze.

Les deux petits vantaux du centre, eux aussi fermés à clef, s’ouvrent pour découvrir la partie la plus précieuse et la plus colorée du meuble. Il s’agit d’une niche, également appelée caisson ou théâtre, qui contraste par le foisonnement de couleurs et des différents matériaux par rapport au reste du cabinet.

Encadrée en bas par un tiroir et en haut par une balustrade placée devant un miroir, la niche est composée d’un sol dont la marqueterie dessine un damier en perspective et d’un plafond peint représentant une figure de Charité. Sur les côtés, deux miroirs sont placés de biais entre des colonnes d’ivoire teint pour accentuer cet effet de perspective. Au fond, un dispositif original a été placé : des rochers encadrent une peinture figurant une architecture en ruine. Ces rochers, à base de galène, sont habités par des coquillages, de la végétation et de petites maisons. Les miroirs latéraux reflètent ces rochers, le damier du sol ou le miroir d’en face selon l’endroit où l’on est placé.

Dans certains cabinets, comme celui du Rijksmuseum d’Amsterdam, la niche abrite des statuettes en ronde-bosse.

Des tiroirs secrets sont habituellement placés sur les côtés de la niche, mais le cabinet du Louvre n’en
possède pas : ils ont probablement été ôtés au début du XIXe siècle.

La face interne des petits vantaux poursuit visuellement la niche par le biais de la frise en ivoire teinté de la même manière que la façade de tiroir qui en forme le soubassement. Un décor d’arcade à fronton coupé alterne ébène et ivoire teinté de couleurs diverses.

Tous ces éléments colorés contrastent avec l'uniformité sombre du cabinet fermé.

Cabinet (Caisson, grands vantaux ouverts)
OA 6629
Paris, musée du Louvre

Cabinet (Caisson, grands vantaux ouverts)
OA 6629
Paris, musée du Louvre
©2007 Musée du Louvre / Harry Bréjat

Cabinet (Niche)
OA 6629
Paris, musée du Louvre

Cabinet (Niche)
OA 6629
Paris, musée du Louvre
©2008 Musée du Louvre / Harry Bréjat

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château
©Photo RMN / Jean-Pierre Lagiewski

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,12 m. ; L : 1,90 m. ; P : 0,71 m.inv. RBK 16117
Amsterdam, Rijksmuseum

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,12 m. ; L : 1,90 m. ; P : 0,71 m.inv. RBK 16117
Amsterdam, Rijksmuseum
©Rijksmuseum Amsterdam
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Une diversité de matériaux

En dehors de l’ébène qui constitue le matériau principal du cabinet, les ébénistes ont eu recours à de nombreux autres matériaux dont l’aspect coloré est volontairement mis en avant pour contraster avec l’austérité de l’ébène. Le cabinet du Louvre se distingue d’ailleurs par la diversité et la qualité de ces différents matériaux. C’est dans la niche que traditionnellement est employée la plus grande diversité de matériaux et de couleurs.

L’abondance de l’ivoire teint dans le cabinet du Louvre ne trouve guère d’équivalent que dans le cabinet conservé au Metropolitan museum de New York. On le trouve abondamment utilisé sur la façade intérieure et dans la niche, sous la forme de colonnettes engagées ou de plaques et il n’est jamais laissé dans sa couleur naturelle : les plaques sont traitées de façon à rappeler le marbre ou bien l’écaille, annonçant le succès futur de l’écaille dans le mobilier du règne de Louis XIV. Les colonnettes sont teintes en rose, comme pour imiter le corail.

Le bronze fait ici l’une de ses premières apparitions dans le mobilier français : les colonnes en ivoire possèdent un chapiteau et une base en bronze doré. Son usage est appelé à un grand avenir à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Outre l’ivoire, on y trouve un sol plaqué d’ébène et de satiné dans la partie antérieure, d’ébène et de sycomore à l’arrière, des miroirs et une balustrade en amarante massive, probablement due à une restauration de Pierre Revoil, peintre qui vendit le cabinet au Louvre en 1828. Les rochers du fond sont à base de galène, un minerai de plomb, et de mica ; ils sont agrémentés de coquillages naturels et de petites maisons peintes sur du papier découpé. Enfin les peintures, peintes sur bois, complètent cet ensemble. Le cabinet du château de Serrant et celui du château de Fontainebleau possèdent le même type de décor de grotte.

Le bois noir visible sur ce cabinet n’est pas toujours de l’ébène. Certaines parties du pied sont en poirier noirci.

Armoire à deux corps
constituée à partir d'éléments de cabinets du XVIIe siècle
H. : 2,2 m. ; L : 1,8 m.
Inv. E.Cl.20476
Ecouen, musée national de la Renaissance

Armoire à deux corps
constituée à partir d'éléments de cabinets du XVIIe siècle
H. : 2,2 m. ; L : 1,8 m.
Inv. E.Cl.20476
Ecouen, musée national de la Renaissance
©Photo RMN / René-Gabriel Ojéda

Cabinet d'ébène
Bâti de peuplier et chêne ; placage d'ébène ; ivoire et diverses essences H : 1,89 m. ; L : 1,67 m. ; P : 0,58 m.inv. 31.66a,b
New York, Metropolitan museum of art

Cabinet d'ébène
Bâti de peuplier et chêne ; placage d'ébène ; ivoire et diverses essences H : 1,89 m. ; L : 1,67 m. ; P : 0,58 m.inv. 31.66a,b 
New York, Metropolitan museum of art
©The Metropolitan Museum of Art

Cassette en cabinet
Attribué à Pierre Gole (v. 1620-1684)
Paris, vers 1655
Résineux, placage d’écaille, ivoire, ivoire teinté, ébène, amarante, noyer, poirier, if, épine vinette, bois de rapport
Cassette : H. 23,8 cm ; L. 47,7 cm ; P : 34 cm
Piètement : H. 63,2 cm ; L. 60 cm ; P : 40 cm
Inv. 2002.56.1.1-2
Paris, musée des Arts Décoratifs

Cassette en cabinet 
Attribué à Pierre Gole (v. 1620-1684)
Paris, vers 1655 
Résineux, placage d’écaille, ivoire, ivoire teinté, ébène, amarante, noyer, poirier, if, épine vinette, bois de rapport
Cassette : H. 23,8 cm ; L. 47,7 cm ; P : 34 cm
Piètement : H. 63,2 cm ; L. 60 cm ; P : 40 cm
Inv. 2002.56.1.1-2
Paris, musée des Arts Décoratifs
©Les Arts Décoratifs
Musée des Arts décoratifs, Paris
Photo Jean Tholance

Régulateur (pendule)
André Charles BOULLE (1642-1732), ébéniste
LE BON, horloger
Vers 1720
Bâti de chêne; placage d'ébène; marqueterie de laiton, d'écaille et de corne ; bronze doré
H. : 2,52 m. ; L. : 0,70 m. ; P. : 0,37 m.
OA 6746
Paris, musée du Louvre

Régulateur (pendule) 
André Charles BOULLE (1642-1732), ébéniste
LE BON, horloger
Vers 1720
Bâti de chêne; placage d'ébène; marqueterie de laiton, d'écaille et de corne ; bronze doré
H. : 2,52 m. ; L. : 0,70 m. ; P. : 0,37 m.
OA 6746
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / DR

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant
©Château de Serrant

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château
©Photo RMN / Jean-Pierre Lagiewski
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Un roman en ébène

Les cabinets en ébène parisiens de cette époque se distinguent par la présence de nombreuses scènes figurées sur les différentes parties du meuble, faisant de ce dernier un véritable « roman en ébène ». Les thèmes sont variés, mythologiques, religieux, historiques ou bien d’après des romans illustrés contemporains.

Le cabinet du Louvre affiche à l’extérieur une iconographie à dominante militaire. Peut-être avait-elle un lien avec la personnalité et les fonctions de son commanditaire, mais en l’absence de toute information sur les premiers propriétaires de ce cabinet, il est impossible d’en avoir la certitude.

Les grands vantaux illustrent un épisode de l’histoire romaine de la fin du VIe siècle raconté par Tite-Live : le panneau de gauche montre le héros romain Horatius Coclès à cheval, combattant l’armée du roi étrusque Porsenna pour l’empêcher d’entrer dans Rome, tandis que le panneau de droite présente trois Romains qui, sur son ordre, détruisent le pont sur le Tibre empêchant ainsi l’armée ennemie d’accéder à la ville.

Les deux scènes sont flanquées de statuettes de dieux antiques liés à la guerre : à gauche, Mars, le dieu de la guerre en cuirasse et portant épée et bouclier ; à droite, Minerve, déesse de la guerre, qui devait tenir une lance, aujourd’hui disparue, de sa main droite.

Les côtés du cabinet montrent deux empereurs romains du Ier siècle après Jésus-Christ, représentés de profil suivant un type de figuration à la mode depuis la Renaissance : Vitellius sur le côté gauche et Claude proclamé empereur après l'assassinat de Caligula sur le côté droit.
Quant à la prédelle, elle est composée de quatre scènes liées à la guerre. Des prisonniers et des trophées ornent les parties latérales de la frise supérieure.

Seuls les rinceaux de la partie centrale de la frise et de la ceinture, motifs courants sur les cabinets en ébène de cette époque, ne relèvent pas de cette thématique guerrière. De même l’intérieur est moins homogène. On trouve par exemple des paysages sur les faces internes des grands vantaux, des enfants jouant avec des monstres marins sur les façades de tiroir et deux épisodes des célèbres Métamorphoses du poète latin Ovide sur les petits vantaux. Il s’agit à gauche d’Apollon transformant Cyparissus en cyprès et, à droite, d'Apollon avec la sibylle de Cumes.

Suivant la pratique des ébénistes de cette époque, les scènes sont reprises de gravures, souvent mythologiques ou religieuses. Les deux scènes des Métamorphoses sont ici réalisées d’après des gravures d’Antonio Tempesta, peintre et graveur italien mort en 1630 publiées pour la première fois en 1606. Certains enfants juchés sur les monstres marins sont repris d’une gravure de Michel Dorigny. On retrouve ce type de représentation dans l’art français depuis la Renaissance.

Détail du cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant

Détail du cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant
©Château de Serrant

Détail du cabinet d'ébène
Bâti de peuplier et chêne ; placage d'ébène ; ivoire et diverses essences
H : 1,89 m. ; L : 1,67 m. ; P : 0,58 m.
inv. 31.66a,b
New York, Metropolitan museum of art

Détail du cabinet d'ébène
Bâti de peuplier et chêne ; placage d'ébène ; ivoire et diverses essences
H : 1,89 m. ; L : 1,67 m. ; P : 0,58 m.
inv. 31.66a,b
New York, Metropolitan museum of art
©The Metropolitan Museum of Art

Apollon transformant Cyparissus en cyprès
scène tirée des Métamorphoses d'Ovide
Gravure d'Antonio Tempesta, publiée à Anvers en 1606
Paris, BnF

Apollon transformant Cyparissus en cyprès
scène tirée des Métamorphoses d'Ovide
Gravure d'Antonio Tempesta, publiée à Anvers en 1606
Paris, BnF
©BnF

Apollon et la sibylle de Cumes
scène tirée des Métamorphoses d'Ovide
Gravure d'Antonio Tempesta, publiée à Anvers en 1606
Paris, BnF

Apollon et la sibylle de Cumes
scène tirée des Métamorphoses d'Ovide
Gravure d'Antonio Tempesta, publiée à Anvers en 1606
Paris, BnF
©BnF

Hommes, femmes et enfants avec des monstres marins, frise d'après Fialetti, gravée par Michel Dorigny
Paris, BnF

Hommes, femmes et enfants avec des monstres marins, frise d'après Fialetti, gravée par Michel Dorigny
Paris, BnF
©BnF

Fontaine des innocents : Nymphe et un petit génie sur un cheval marin
Jean GOUJON (Connu de 1540 à 1563)
Pierre
H. : 0,74 m. ; L. : 1,95 m. ; Pr. : 0,12 m.
M.R. 1736
Paris, musée du Louvre

Fontaine des innocents : Nymphe et un petit génie sur un cheval marin
Jean GOUJON (Connu de 1540 à 1563)
Pierre
H. : 0,74 m. ; L. : 1,95 m. ; Pr. : 0,12 m.
M.R. 1736 
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / Hervé Lewandowski
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Contexte

Les origines du cabinet

Le cabinet en ébène du XVIIe siècle est l’héritier d’une histoire apparue à la Renaissance et s’inscrit dans une histoire complexe car le mot « cabinet » recouvre différentes réalités.

Le cabinet trouve ses origines dans le studiolo qui apparaît en Italie à la fin du XVe siècle : c’est une pièce, un lieu de retrait et de travail pour les princes et les savants. À Mantoue, Isabelle d'Este créa dans ses deux résidences successives un studiolo pour abriter les œuvres antiques ou les copies de bronzes antiques qu’elle collectionnait ainsi que les peintures mythologiques spécialement conçues pour le studiolo, comme celles de Mantegna. De même, François Ier de Médicis, Grand duc de Toscane, installa dans ses appartements du Palazzo Vecchio à Florence un studiolo dont les murs étaient couverts de boiseries et de peintures.

En France, au XVIe siècle, le cabinet des premiers châteaux de la Renaissance semble avoir eu différentes fonctions : il peut s’agir d’un lieu où l’on conserve les objets précieux, d’un lieu de lecture et d’étude pour les lettrés et les savants, mais également d’un lieu de réflexion et de décision politique pour les rois et les princes.

Avec la découverte de nouveaux mondes à la Renaissance, l’arrivée d’objets, plantes et animaux qui en proviennent, mais également l’intérêt renouvelé pour la nature et les sciences, le cabinet devient « cabinet de curiosité », sorte de musée privé dans lequel son propriétaire collectionne différents objets : les artificialia (objets créés par l’homme, antiques ou non), les naturalia (spécimens du monde végétal et animal), les exotica (plantes, animaux et objets exotiques) et les scientifica (instruments scientifiques).

Parallèlement à la création de ces pièces, apparaît un type de meuble appelé cabinet, dont la taille semble alors modeste. Il se distingue des autres meubles existant alors par la présence de nombreux tiroirs, souvent masqués par des portes ou un abattant. Les matériaux qui le constituent sont variés : bois, cuir, métal, ivoire… L’Italie, l’Espagne et les pays germaniques sont alors les principaux producteurs de cabinet

La forme du cabinet ne sera jamais figée car c’est finalement plus sa destination et sa fonction qui en font la définition : c’est un meuble de rangement destiné à abriter les menus objets, les bijoux et les papiers importants de son propriétaire. Le tableau de l’atelier de Frans II Francken montre ainsi, au fond à droite, un cabinet flamand dont le tiroir entrouvert laisse voir un collier. Les cabinets fermaient d’ailleurs à clef, et des tiroirs secrets souvent placés dans le caisson étaient probablement destinés à abriter ce qu’il y avait de plus précieux.

Portrait d'Isabelle d'Este
Léonard de Vinci, 1500
Pierre noire, sanguine et estompe, craie ocre, rehauts de blanc sur le visage, la gorge et la main.
H. : 61 cm. ; L. : 46,5 cm.
MI 753
Paris, musée du Louvre

Portrait d'Isabelle d'Este
Léonard de Vinci, 1500
Pierre noire, sanguine et estompe, craie ocre, rehauts de blanc sur le visage, la gorge et la main. 
H. : 61 cm. ; L. : 46,5 cm.
MI 753
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing

Studiolo d'Isabelle d'Este
Musée du Palais ducal, Corte Vecchia, Mantoue

Studiolo d'Isabelle d'Este
Musée du Palais ducal, Corte Vecchia, Mantoue
©Museo di Palazzo Ducale, Mantova. Soprintendenza per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico di Brescia, Cremona e Mantova

Mars et Vénus dit Le Parnasse
Andrea MANTEGNA, 1497
H. : 1,59 m. ; L. : 1,92 m.
INV. 370
Paris, musée du Louvre

Mars et Vénus dit Le Parnasse
Andrea MANTEGNA, 1497
H. : 1,59 m. ; L. : 1,92 m.
INV. 370
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing

Studiolo de François Ier de Médicis, vers 1570
Florence, Palazzo Vecchio

Studiolo de François Ier de Médicis, vers 1570
Florence, Palazzo Vecchio
©1990, Photo Scala, Florence

Un savant dans son cabinet, avec leçon de vanité
Jacob van SPREEUWEN (Leyde, vers 1611 - Leyde ?, après 1650)
H. : 0,38 m. ; L. : 0,32 m.
INV. 1862
Paris, musée du Louvre

Un savant dans son cabinet, avec leçon de vanité
Jacob van SPREEUWEN (Leyde, vers 1611 - Leyde ?, après 1650)
H. : 0,38 m. ; L. : 0,32 m.
INV. 1862 
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing

Le cabinet de Ferrante Imperato à Naples, fin du XVIe siècle
Frontispice gravé sur bois de Dell' historia naturale... libri XXVIII, Naples, 1599
Modène, bibliothèque Estense

Le cabinet de Ferrante Imperato à Naples, fin du XVIe siècle
Frontispice gravé sur bois de Dell' historia naturale... libri XXVIII, Naples, 1599
Modène, bibliothèque Estense
© "Biblioteca Estense Universitaria. Su concessione del
Ministero per i Beni e le Attività Culturali"

Cabinet des curiosités
Johann Georg Hinz
1666
Hauteur : 1.145 m. ; Longueur : 0.933 m.
Allemagne, Hambourg, Kunsthalle

Cabinet des curiosités
Johann Georg Hinz
1666
Hauteur : 1.145 m. ; Longueur : 0.933 m.
Allemagne, Hambourg, Kunsthalle
©BPK, Berlin, Dist RMN / Elke Walford

Cabinet milanais et piétement
seconde moitié du XVIe siècle
Fer, or, argent, bronze, palissandre, bois noirci
H. : 1,55 m. ; L. : 0,83 m. ; Pr. : 0,65 m.
OA 6253
Paris, musée du Louvre

Cabinet milanais et piétement
seconde moitié du XVIe siècle
Fer, or, argent, bronze, palissandre, bois noirci
H. : 1,55 m. ; L. : 0,83 m. ; Pr. : 0,65 m.
OA 6253 
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / DR

Ulysse reconnaissant Achille (déguisé en femme) parmi les filles de Lycomède
Frans II FRANCKEN, dit FRANCKEN le Jeune (atelier) (Anvers, 1581 - Anvers, 1642)
H. : 0,74 m. ; L. : 1,05 m.
R.F. 1535
Paris, musée du Louvre

Ulysse reconnaissant Achille (déguisé en femme) parmi les filles de Lycomède
Frans II FRANCKEN, dit FRANCKEN le Jeune (atelier) (Anvers, 1581 - Anvers, 1642)
H. : 0,74 m. ; L. : 1,05 m.
R.F. 1535 
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / Hervé Lewandowski
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Le cabinet au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, le cabinet connaît un développement monumental. A côté des petits cabinets portatifs, se multiplient en effet les cabinets aux dimensions considérables, posés sur des pieds qui leur sont destinés.

Le cabinet en ébène du Louvre témoigne de ce développement : ses dimensions sont de 1m84 de haut, 1m58 de large et 56 cm de profondeur. Sa structure, avec deux paires de vantaux successives et une multitude de tiroirs, montre également la complexification de ces meubles, et la richesse de la niche intérieure, leur raffinement.

Véritable meuble d’apparat, le cabinet du Louvre appartient incontestablement à la catégorie des cabinets en ébène les plus luxueux. On sait que des princes et des membres de la cour, comme par exemple Richelieu et Mazarin, en possédaient plusieurs.

D’autres cabinets, moins précieux, étaient destinés à la bourgeoisie. A la place de l’ébène, bois rare et cher, une partie du meuble pouvait être réalisée en bois noirci.

Les marqueteries du caisson ainsi que le reste de son décor étaient plus ou moins élaborés. Le cabinet du Geffrye museum de Londres, qui a probablement appartenu à l’écrivain anglais John Evelyn, présente un décor extérieur seulement gravé, et son caisson est simplement marqueté.

Au milieu du XVIIe siècle, date de fabrication du cabinet du Louvre, les ébénistes parisiens ne sont pas les seuls à produire des cabinets. L’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne possèdent également des ateliers importants.
On trouve une diversité des matériaux utilisés : pierres dures, ivoire, ébène, autres bois exotiques, panneaux peints, tissu ou broderies.

Cabinet-médaillier au chiffre royal
second tiers du XVIIe siècle
Ebène, palissandre, poirier
H. : 44,40 cm. ; l. : 58,50 cm. ; Pr. : 35,50 cm.
OA 11852
Paris, musée du Louvre

Cabinet-médaillier au chiffre royal
second tiers du XVIIe siècle
Ebène, palissandre, poirier
H. : 44,40 cm. ; l. : 58,50 cm. ; Pr. : 35,50 cm.
OA 11852
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / Daniel Arnaudet

Cabinet d'ébène
Inv. CA T 920
Dijon, musée des Beaux-Arts

Cabinet d'ébène
Inv. CA T 920
Dijon, musée des Beaux-Arts
©Musée des Beaux-arts de Dijon

Cabinet d'ébène ayant appartenu à John Evelyn
inv. 46/1979
Londres, Geffrye museum

Cabinet d'ébène ayant appartenu à John Evelyn
inv. 46/1979
Londres, Geffrye museum
©London, Geffrye museum

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château

Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château
©Photo RMN / Jean-Pierre Lagiewski
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Naissance de l’ébénisterie parisienne

Le cabinet en ébène du Louvre correspond à un type bien particulier de cabinets, produit à Paris au cours de la première moitié du XVIIe siècle, et qui marque la naissance de l’ébénisterie parisienne.

A la Renaissance, les artisans qui fabriquent les meubles sont les menuisiers ; ils se servent de bois de noyer ou de chêne. pour l’essentiel, utilisé de façon massive.

Au début du XVIIe siècle, des artisans d’origine étrangère, d’Allemagne ou des Pays-Bas, s’installent à Paris, encouragés par le roi Henri IV lui-même. Ils importent alors un savoir-faire inconnu en France, l’utilisation du placage dans le mobilier. Au cours de la première moitié du XVIIe siècle, ces artisans utilisent essentiellement l’ébène et sont alors appelés « menuisiers en ébène » puis « ébénistes ».

L’ébène est un bois exotique utilisé depuis longtemps en occident mais pour de menus objets : c’est un bois très dur, donc difficile à sculpter, et rare. Depuis le début du XVIIe siècle, son importation de Madagascar ou de l’Ile Maurice devient plus facile, par le biais des bateaux hollandais ou portugais.

A cette époque, les artisans sont soumis à une réglementation contraignante qui interdit normalement d’avoir un atelier s’ils n’ont pas obtenu la maîtrise (c’est-à-dire le titre de maître), après avoir fait leur apprentissage auprès d’un maître.

Pour échapper à l’opposition de la corporation des menuisiers parisiens, les artisans d’origine étrangère s’installent dans des zones qui ne sont pas sous son contrôle, comme le faubourg Saint-Antoine. Henri IV fait même installer en 1608 l’un d’eux, Laurent Septarbres, dans un atelier des galeries du Louvre.

Les noms de nombreux ébénistes, tels que Jean de Milleville, Jacques Delbart, Laurent Septarbres, sont connus par les documents mais il est toujours difficile de faire le lien avec des meubles existant aujourd’hui. L’un des plus célèbres ébénistes est Pieter Goolen : originaire de Bergen (Hollande septentrionale), il s’installe à Paris vers 1640 et son nom est francisé en Pierre Gole. Il devient ébéniste du roi en 1651. La qualité du cabinet du Louvre a parfois conduit à le lui attribuer. On peut le rapprocher du cabinet qui se trouve au château de Serrant ou de celui du Rijksmuseum d’Amsterdam, également attribués à Pierre Gole.

Armoire dite d'Hugues Sambin
Vers 1580
Noyer et chêne partiellement dorés et peints
H. : 2,06 m. ; L. : 1,50 m. ; P. : 0,60 m.
OA 6968
Paris, musée du Louvre

Armoire dite d'Hugues Sambin
Vers 1580
Noyer et chêne partiellement dorés et peints
H. : 2,06 m. ; L. : 1,50 m. ; P. : 0,60 m.
OA 6968
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / DR

Jeton de la Corporation des menuisiers ébénistes parisiens de 1748
Paris, musée Carnavalet

Jeton de la Corporation des menuisiers ébénistes parisiens de 1748
Paris, musée Carnavalet
©Compagnie Générale de Bourse

Tronc d'ébène (Diospyros ebenum)

Tronc d'ébène (Diospyros ebenum)
©MNHN / Patrick Lafaite

Virginal en coffret
17e siècle
Ebène (bois), incrusté, ivoire
H. : 21,5 cm. ; L : 38 cm. ; P : 21 cm.
Inv.MRR441
Paris, musée de la Musique

Virginal en coffret
17e siècle
Ebène (bois), incrusté, ivoire
H. : 21,5 cm. ; L : 38 cm. ; P : 21 cm.
Inv.MRR441
Paris, musée de la Musique
©Photo RMN / DR

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant
©Château de Serrant

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,12 m. ; L : 1,90 m. ; P : 0,71 m.inv. RBK 16117
Amsterdam, Rijksmuseum

Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,12 m. ; L : 1,90 m. ; P : 0,71 m.inv. RBK 16117
Amsterdam, Rijksmuseum
©Rijksmuseum Amsterdam
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Le travail de l’ébène

A la différence du chêne ou du noyer utilisé aux siècles précédents, l’ébène n’est pas travaillé de façon massive, c’est-à-dire en planches pleines qui forment les différents éléments du meuble. Il est mis en oeuvre en panneaux très fins, de quelques millimètres à quelques centimètres d’épaisseur, plaqués sur une structure, que l’on appelle le bâti, fabriquée dans une essence de bois locale, peuplier, sapin ou chêne. L’arrière du cabinet permet de comprendre cette technique puisque l’on voit le bâti sans placage : ici il est en peuplier. Les tiroirs sont produits suivant le même procédé : la structure du tiroir est en palissandre, la façade en chêne plaqué d’un panneau en ébène.

Les panneaux en ébène peuvent recevoir deux types de décor différent, parfois combiné : un décor sculpté en bas-relief ou bien un décor gravé. Le plus souvent, la gravure est utilisée pour des motifs d’encadrement, de type végétal, ou bien pour figurer certains détails sur les panneaux sculptés. Mais certains cabinets, comme celui du Geffrye museum à Londres, ne possèdent qu’un décor gravé.
La sculpture et la gravure du cabinet du Louvre sont d’une qualité remarquable. Le travail de l’ébène, particulièrement difficile, requiert une dextérité très forte.

L’ébène est aussi abondamment utilisée dans les cabinets sous la forme de moulures dites ondées, parce qu’elles sont formées d’une succession d’ondes, qui permettent de composer des encadrements aux formes variées et plus ou moins complexes. Les ébénistes utilisaient une machine spécifique pour les fabriquer. Sur les panneaux des grands vantaux, deux moulures au dessin différent s’entrecroisent.

Armoire à deux corps
Fin du XVIe - début du XVIIe siècle
Noyer, marbre
H. : 2,14 m. ; L. : 1,12 m. ; Pr. : 0,44 m.
OA 6970
Paris, musée du Louvre

Armoire à deux corps
Fin du XVIe - début du XVIIe siècle 
Noyer, marbre
H. : 2,14 m. ; L. : 1,12 m. ; Pr. : 0,44 m.
OA 6970
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / Jean-Gilles Berizzi
Musée du Louvre / Angèle Dequier

Cabinet d'ébène ayant appartenu à John Evelyn
inv. 46/1979
Londres, Geffrye museum

Cabinet d'ébène ayant appartenu à John Evelyn
inv. 46/1979
Londres, Geffrye museum
©London, Geffrye museum

"Machine propre a faire des moulures, ondées, sur le plat, tav. 314"
planche tirée de L' Art du menuisier : le menuisier ébéniste d'André-Jacob Roubo, Paris, 1774

"Machine propre a faire des moulures, ondées, sur le plat, tav. 314"
planche tirée de L' Art du menuisier : le menuisier ébéniste d'André-Jacob Roubo, Paris, 1774
©DR
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