Un cabinet d’ébène à la loupe
Cabinet
Vers 1645
Bâti de chêne et de peuplier, base de bois fruitier noirci, placage d'ébène
H. : 1,84 m. ;
L. : 1,58 m. ;
Pr. : 0,56 m
OA 6629
Paris, musée du Louvre,
© 2007 Musée du Louvre
Harry Bréjat
Une diversité de matériaux
En dehors de l’ébène qui constitue le matériau principal du cabinet, les ébénistes ont eu recours à de nombreux autres matériaux dont l’aspect coloré est volontairement mis en avant pour contraster avec l’austérité de l’ébène. Le cabinet du Louvre se distingue d’ailleurs par la diversité et la qualité de ces différents matériaux. C’est dans la niche que traditionnellement est employée la plus grande diversité de matériaux et de couleurs.
L’abondance de l’ivoire teint dans le cabinet du Louvre ne trouve guère d’équivalent que dans le cabinet conservé au Metropolitan museum de New York. On le trouve abondamment utilisé sur la façade intérieure et dans la niche, sous la forme de colonnettes engagées ou de plaques et il n’est jamais laissé dans sa couleur naturelle : les plaques sont traitées de façon à rappeler le marbre ou bien l’écaille, annonçant le succès futur de l’écaille dans le mobilier du règne de Louis XIV. Les colonnettes sont teintes en rose, comme pour imiter le corail.
Le bronze fait ici l’une de ses premières apparitions dans le mobilier français : les colonnes en ivoire possèdent un chapiteau et une base en bronze doré. Son usage est appelé à un grand avenir à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle.
Outre l’ivoire, on y trouve un sol plaqué d’ébène et de satiné dans la partie antérieure, d’ébène et de sycomore à l’arrière, des miroirs et une balustrade en amarante massive, probablement due à une restauration de Pierre Revoil, peintre qui vendit le cabinet au Louvre en 1828. Les rochers du fond sont à base de galène, un minerai de plomb, et de mica ; ils sont agrémentés de coquillages naturels et de petites maisons peintes sur du papier découpé. Enfin les peintures, peintes sur bois, complètent cet ensemble. Le cabinet du château de Serrant et celui du château de Fontainebleau possèdent le même type de décor de grotte.
Le bois noir visible sur ce cabinet n’est pas toujours de l’ébène. Certaines parties du pied sont en poirier noirci.
Armoire à deux corps
constituée à partir d'éléments de cabinets du XVIIe siècle
H. : 2,2 m. ; L : 1,8 m.
Inv. E.Cl.20476
Ecouen, musée national de la Renaissance
©Photo RMN / René-Gabriel Ojéda
Cabinet d'ébène
Bâti de peuplier et chêne ; placage d'ébène ; ivoire et diverses essences H : 1,89 m. ; L : 1,67 m. ; P : 0,58 m.inv. 31.66a,b
New York, Metropolitan museum of art
©The Metropolitan Museum of Art
Cassette en cabinet
Attribué à Pierre Gole (v. 1620-1684)
Paris, vers 1655
Résineux, placage d’écaille, ivoire, ivoire teinté, ébène, amarante, noyer, poirier, if, épine vinette, bois de rapport
Cassette : H. 23,8 cm ; L. 47,7 cm ; P : 34 cm
Piètement : H. 63,2 cm ; L. 60 cm ; P : 40 cm
Inv. 2002.56.1.1-2
Paris, musée des Arts Décoratifs
©Les Arts Décoratifs
Musée des Arts décoratifs, Paris
Photo Jean Tholance
Régulateur (pendule)
André Charles BOULLE (1642-1732), ébéniste
LE BON, horloger
Vers 1720
Bâti de chêne; placage d'ébène; marqueterie de laiton, d'écaille et de corne ; bronze doré
H. : 2,52 m. ; L. : 0,70 m. ; P. : 0,37 m.
OA 6746
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / DR
Cabinet d'ébène
1ère moitié du XVIIe siècle
H : 2,15 m. ; L : 1,89 m. ; P : 0,65 m.
Saint-Georges sur Loire, Château de Serrant
©Château de Serrant
Cabinet de l'Odyssée
1ère moitié du XVIIe siècle
Bâti de sapin, peuplier et chêne ; placage d'ébène
H : 2 m. ; L : 1,7 m. ; P : 0,58 m.
Inv. F806c
Fontainebleau, musée national du château
©Photo RMN / Jean-Pierre Lagiewski
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Contexte
Les origines du cabinet
Le cabinet en ébène du XVIIe siècle est l’héritier d’une histoire apparue à la Renaissance et s’inscrit dans une histoire complexe car le mot « cabinet » recouvre différentes réalités.
Le cabinet trouve ses origines dans le studiolo qui apparaît en Italie à la fin du XVe siècle : c’est une pièce, un lieu de retrait et de travail pour les princes et les savants. À Mantoue, Isabelle d'Este créa dans ses deux résidences successives un studiolo pour abriter les œuvres antiques ou les copies de bronzes antiques qu’elle collectionnait ainsi que les peintures mythologiques spécialement conçues pour le studiolo, comme celles de Mantegna. De même, François Ier de Médicis, Grand duc de Toscane, installa dans ses appartements du Palazzo Vecchio à Florence un studiolo dont les murs étaient couverts de boiseries et de peintures.
En France, au XVIe siècle, le cabinet des premiers châteaux de la Renaissance semble avoir eu différentes fonctions : il peut s’agir d’un lieu où l’on conserve les objets précieux, d’un lieu de lecture et d’étude pour les lettrés et les savants, mais également d’un lieu de réflexion et de décision politique pour les rois et les princes.
Avec la découverte de nouveaux mondes à la Renaissance, l’arrivée d’objets, plantes et animaux qui en proviennent, mais également l’intérêt renouvelé pour la nature et les sciences, le cabinet devient « cabinet de curiosité », sorte de musée privé dans lequel son propriétaire collectionne différents objets : les artificialia (objets créés par l’homme, antiques ou non), les naturalia (spécimens du monde végétal et animal), les exotica (plantes, animaux et objets exotiques) et les scientifica (instruments scientifiques).
Parallèlement à la création de ces pièces, apparaît un type de meuble appelé cabinet, dont la taille semble alors modeste. Il se distingue des autres meubles existant alors par la présence de nombreux tiroirs, souvent masqués par des portes ou un abattant. Les matériaux qui le constituent sont variés : bois, cuir, métal, ivoire… L’Italie, l’Espagne et les pays germaniques sont alors les principaux producteurs de cabinet
La forme du cabinet ne sera jamais figée car c’est finalement plus sa destination et sa fonction qui en font la définition : c’est un meuble de rangement destiné à abriter les menus objets, les bijoux et les papiers importants de son propriétaire. Le tableau de l’atelier de Frans II Francken montre ainsi, au fond à droite, un cabinet flamand dont le tiroir entrouvert laisse voir un collier. Les cabinets fermaient d’ailleurs à clef, et des tiroirs secrets souvent placés dans le caisson étaient probablement destinés à abriter ce qu’il y avait de plus précieux.
Portrait d'Isabelle d'Este
Léonard de Vinci, 1500
Pierre noire, sanguine et estompe, craie ocre, rehauts de blanc sur le visage, la gorge et la main.
H. : 61 cm. ; L. : 46,5 cm.
MI 753
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing
Studiolo d'Isabelle d'Este
Musée du Palais ducal, Corte Vecchia, Mantoue
©Museo di Palazzo Ducale, Mantova. Soprintendenza per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico di Brescia, Cremona e Mantova
Mars et Vénus dit Le Parnasse
Andrea MANTEGNA, 1497
H. : 1,59 m. ; L. : 1,92 m.
INV. 370
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing
Studiolo de François Ier de Médicis, vers 1570
Florence, Palazzo Vecchio
©1990, Photo Scala, Florence
Un savant dans son cabinet, avec leçon de vanité
Jacob van SPREEUWEN (Leyde, vers 1611 - Leyde ?, après 1650)
H. : 0,38 m. ; L. : 0,32 m.
INV. 1862
Paris, musée du Louvre
©Erich Lessing
Le cabinet de Ferrante Imperato à Naples, fin du XVIe siècle
Frontispice gravé sur bois de Dell' historia naturale... libri XXVIII, Naples, 1599
Modène, bibliothèque Estense
© "Biblioteca Estense Universitaria. Su concessione del
Ministero per i Beni e le Attività Culturali"
Cabinet des curiosités
Johann Georg Hinz
1666
Hauteur : 1.145 m. ; Longueur : 0.933 m.
Allemagne, Hambourg, Kunsthalle
©BPK, Berlin, Dist RMN / Elke Walford
Cabinet milanais et piétement
seconde moitié du XVIe siècle
Fer, or, argent, bronze, palissandre, bois noirci
H. : 1,55 m. ; L. : 0,83 m. ; Pr. : 0,65 m.
OA 6253
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / DR
Ulysse reconnaissant Achille (déguisé en femme) parmi les filles de Lycomède
Frans II FRANCKEN, dit FRANCKEN le Jeune (atelier) (Anvers, 1581 - Anvers, 1642)
H. : 0,74 m. ; L. : 1,05 m.
R.F. 1535
Paris, musée du Louvre
©Photo RMN / Hervé Lewandowski
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