
Figures en devenir : Michel-Ange, Rodin et la poétique du non finitoTable-ronde
3 Juin 2026
Figures en devenir : Michel-Ange, Rodin et la poétique du non finito
Table-ronde
3 Juin 2026
Avec Christiane Wohlrab, critique d’art, Baptiste Tochon-Danguy, Villa I Tatti, Florence, et Matthias Wivel, Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague.
avec une modération assurée par Sara Vitacca, université Marie et Louis Pasteur, Besançon
La fascination que suscitent encore aujourd’hui les œuvres de Rodin et de Michel-Ange tient en grande partie à leur aspect inachevé : contraste entre la matière brute et les parties polies, visibilité de la trace du geste sculptural, impression que l’œuvre laisse entrevoir les secrets mêmes de sa création. De cette tension entre la forme qui surgit et la matière encore résistante naît ce que l’on désigne depuis le 18ème siècle sous le nom de non finito.
Rodin a longuement regardé les sculptures inachevées de Michel-Ange et s’est emparé de cette esthétique pour en faire l’une des marques de sa modernité. Ainsi, de même que les figures des Esclaves de Michel-Ange semblent émerger du marbre sans jamais s’en libérer entièrement, les marbres tardifs de Rodin laissent apparaître, à côté d’un visage poli, la pierre à peine entamée. La surface non finie semble alors rendre visible ce qui résiste à la représentation : le rocher, l’immatériel, le végétal, ce seuil incertain entre apparition et disparition.
Mais cette catégorie, forgée à propos des inachevés michelangelesques, n’a cessé de fluctuer. Réévaluée au 19ème siècle par Delacroix puis Ruskin, érigée au 20ème siècle en paradigme de la modernité sculpturale, elle a profondément orienté notre regard sur Michel-Ange comme sur Rodin, jusqu’à instituer entre eux une filiation que l’exposition du Louvre interroge de près. Le non finito relève-t-il, chez Michel-Ange, d’un choix esthétique délibéré, de contingences matérielles ou de chantiers interrompus dont la postérité aurait recomposé le sens ? Constitue-t-il, chez Rodin, un véritable procédé plastique, élaboré au sein de l’atelier et confié à l’interprétation des praticiens ? Et que partagent réellement deux pratiques sculpturales que près de quatre siècles séparent ?
Au-delà de ces questions, c’est le statut même de l’œuvre d’art qui se trouve mis en jeu. À la Renaissance, l’inachèvement est encore pensé comme un manque, parfois comme un échec ; à l’époque moderne, il devient l’expression privilégiée du devenir, de l’indétermination et de l’instabilité, autant de notions que des écrivains et des philosophes, de Rainer Maria Rilke à Georg Simmel, érigent en métaphore de la création contemporaine.
Cette table ronde réunit trois spécialistes afin de confronter ces différentes lectures : interroger ce qui sépare et rapproche le non finito de Michel-Ange et celui de Rodin ; mesurer ce que les regards critiques et philosophiques ont projeté sur ces œuvres ; et rouvrir, à partir de ces deux noms, la question plus vaste des formes en émergence, là où la pierre commence à devenir figure et où la figure semble retourner à la pierre.
En lien avec l'exposition "Michel-Ange Rodin. Corps vivants"