Nouvelle acquisition du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
Buste de Philibert de Cos
Antiquités grecques étrusques et romainesAcquisition
Le musée du Louvre a récemment fait l'acquisition d'un singulier buste de Philibert de Cos. Son caractère unique, son pedigree impeccable ainsi que son état de conservation, exceptionnel compte tenu de sa découverte ancienne, ont motivé son entrée dans les collections du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.
Ce buste plus petit que nature, découvert en 1770 à Crest, près de Valence, reçoit une inscription en grec sur son piédouche mouluré, « Philitas », qui ne laisse aucun doute sur l’identité du personnage d’âge mûr représenté. L’œuvre est typique des représentations de penseurs grecs : regard concentré, longue barbe et chevelure en mèches soigneusement agencées. Philétas de Cos, poète et philologue, a figuré parmi les plus insignes savants d’Alexandrie et fut parmi les membres fondateurs du musée et de la bibliothèque de la cité. Athénée l’a tourné en ridicule comme un érudit tellement plongé dans ses études qu'il s’en laissait dépérir et finit par en mourir de faim. Toutefois sa réputation de grande érudition a longtemps perduré. Aujourd’hui, il ne reste plus rien de Philitas, sinon quelques lignes de ses écrits, sa réputation et ce portrait, le seul connu de lui.
Le buste peut être mis en rapport avec un poème célèbre de Posidippe de Pella. Un portrait de Philitas en bronze y est décrit en détail, qui se serait distinguer par son vérisme et donc son affranchissement des canons de l’idéal classique. Ce texte permet en outre de connaitre l’identité de l’auteur du bronze aujourd’hui disparu, Hécataios. Le marbre acquis par le Louvre serait alors la copie romaine en buste du portrait créé par Hécataios vers 270 avant J.-C., qui se présentait quant à lui en pied dans la tradition grecque.
Ne frappant pas par une grande maigreur le buste de Crest nous parait toutefois plus fidèle aux conventions plastiques des portraits d’auteurs dramatiques grecs du IVe siècle avant J.-C., aux types des portraits de Sophocle par exemple, qu’au texte de Posidippe qui développe largement un discours littéraire sur l’acribie (un sens poussé de l’observation) dans l’art grec à l’époque hellénistique.
Comme l’indiquent notamment le détail du traitement des yeux aux pupilles incisées, la belle plasticité de la chevelure et de la barbe ou encore la graphie de l’inscription à sigmas lunaires gravée sur le piédouche, il date vraisemblablement du milieu du IIe siècle après J.-C. Le buste de Philitas illustre bien la manière dont certains chefs de famille romains voulait revendiquer une forme de culture classique, réelle ou prétendue, dans le cadre de leur domus ou en l’occurrence de leur villa. En 2018, une fouille sur le même terrain a justement mis au jour de nouveaux fragments de sculpture et de pavement en marbre, accréditant l’hypothèse de l’existence d’une riche villa romaine à cet emplacement, dont la bibliothèque aurait pu être décorée d’une série de bustes de petit format.
Le buste de Philibert de Cos est actuellement présenté au musée de la Romanité de Nimes, dans le cadre de l'exposition Un monde d'images - l'art romain dans les collections du Louvre.